Le mouvement des universitaires est en train de s’enfoncer dans une crise dure. Un gouffre sépare désormais le gouvernement des acteurs mobilisés, et s’étend désormais à l’intérieur même de la communauté universitaire. Cette radicalisation du mouvement révèle un choc idéologique, et appelle à la recherche urgente par les parties impliquées d’un plan d’issue de crise par le haut.
La LRU et le «pacte pour la recherche» ont marqué le début d’un changement de paradigme pour l’université, avec la diffusion d’une vision à la fois libérale du fonctionnement des universités, et autoritaire (certains disent autocratique) de son management. Le mouvement actuel est la manifestation du rejet massif, par une partie de la communauté, de ce nouveau paradigme. Pour autant, aucun modèle alternatif n’a pour le moment émergé, d’où le choc frontal actuel dont la seule issue semble être un retour au statu quo.
Ainsi, le mouvement pourrait déboucher sur un véritable gâchis, l’université passant à côté de réformes souhaitables, que la gauche n’aurait pas forcément été capable de conduire étant trop liée au milieu universitaire et aux syndicats. Il convient par conséquent que les acteurs impliqués sortent de leurs carcans idéologiques et laissent de côté leurs arrières-pensées, et se mobilisent de toute urgence pour rechercher des voies de sorties de crise par le haut.
La sortie de crise ne devrait pouvoir se faire qu’en deux étapes. Dans une première étape, il semble incontournable que le gouvernement consente au retrait des décrets sur le statut des enseignants chercheurs, et surtout de celui sur la masterisation. Il s’agit tout simplement désormais d’un pré requis à une sortie de crise. Toutefois, de leur côté, les acteurs mobilisés ne peuvent en rester à une approche «restauratrice» (exiger un retour intégral à la situation d’avant 2007) et purement «quantitative» (exigence de moyens financiers et matériels supplémentaires en conservant le système à l’identique).
La question pertinente est donc celle de la seconde étape. Que peut-on envisager, comme après sortie de crise, afin de transformer ce mouvement contestataire en mouvement constructif, afin qu’il aboutisse à des changements positifs pour notre système universitaire, et au-delà pour la société française ? Comment combler le gouffre qui s’élargit à l’intérieur de notre communauté, et mobiliser l’ensemble de ses acteurs autour d’enjeux d’intérêt général ? Comment sortir le mouvement actuel de revendications qui peuvent être perçues comme purement catégorielles, et faire de la mutation de notre système universitaire un véritable enjeu national ?

5 Commentaires
Benoit,
Ce que tu dis est intéressant mais je ne partage pas ton point de vue sur les syndicats qui seraient là d’après toi uniquement pour défendre des intérêts “catégoriels”. Une grande partie des personnes engagées dans le mouvement syndical défendent aussi une idée de ce que doit être l’université, c’est-à-dire un service public qui doit bénéficier au plus grand nombre et être garant de justice sociale. En outre, je ne vois pas ce qu’il y a de mal à défendre les intérêts de l’ensemble des salariés de l’université et des organismes de recherche (enseignants-chercheurs, chercheurs, personnels BIATOSS et ITA…) qui sont menacés autant que les étudiants par les dérives libérales et autoritaires à l’université. Pour donner un exemple parlant, la loi LRU permet actuellement au président de l’UPMC de privatiser le service de restauration de l’université. Ceci va entrainer qu’une vingtaine de personnes en CDD employées par la cantine vont perdre leur emploi et qu’une augmentation des tarifs de la cantine va avoir lieu pour tout le monde. Les syndicats de l’UPMC se sont tous engagés contre cette mesure : il s’agit de défendre l’intérêt du plus grand nombre, en particulier des personnes financièrement les plus fragiles mais aussi de lutter contre une privatisation rampante de l’université.
Amicalement,
Sébastien
@Sébastien : merci de ton commentaire, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce que tu dis, il y a avait un petit malentendu sur la dernière phrase de mon billet : je voulais dire qu’une partie non négligeable du “grand public”, à juste titre ou non, perçoit les revendications des universitaires mobilisés comme catégorielles. J’ai donc modifié cette phrase pour que mon texte soit plus clair.
A ce propos, SLR s’est mis à recevoir depuis peu des messages vifs de citoyens (dont certains de la fonction publique : cheminots,…), ce qui est inédit, et révélateur du fait que le mouvement actuel, avec la tournure qui est en train d’être prise, ne semble pas devoir conserver les faveurs du grand public… Voir également les forums de Libé, où les réactions des internautes deviennent de pus en plus virulentes…
Ma conclusion : il serait temps de sortir de cette crise, et donc si possible par le haut. Reste à savoir comment…
C’est vrai que je ne me suis jamais posé la question de l’image de notre mouvement dans le grand public. Y a t-il des sondages à ce sujet ?
Les seules fois où j’ai été confronté à des gens extérieurs au monde universitaire c’est quand j’ai été distribuer des tracts dans les gares. J’ai vu très peu de réactions franchement hostiles, beaucoup d’indifférence surtout, et quelques personnes qui avait de la sympathie pour notre mouvement.
Bien sûr, tout le monde souhaite une sortie de la crise par le haut. Mais pour l’instant je crois que ce qui l’empêche c’est surtout l’intransigeance du gouvernement.
J’ajouterais que la grande majorité des syndicalistes (et des membres de SLR, SLU…) ne sont pas hostiles à une reforme du supérieur si jamais elle permet d’améliorer les conditions d’exercice de notre métier. Par exemple pour les enseignants-chercheurs, peu de gens iront contre une réforme qui permet de passer pour tout le monde de 200 à 150 ou 120 heures d’enseignement annuel et qui nous permettra de mieux exercer nos taches d’enseignement et de recherche.
Amicalement,
Sébastien
@Seb : j’ai un scoop : avec le gouvernement actuel, la probabilité de voir inscrit une référence de service inférieure à 192h dans le décret est quasi-nulle… Ce n’est pas faute d’avoir essayé, je peux t’assurer…
Maintenant que le gros de la crise est passé, on voit que la situation n’est guère reluisante:
- la formation des enseignants: pas de sortie vers le haut en vue. Personne ne semble disposé à mettre à plat ce problème donc on temporise.
- le statut des enseignants chercheurs: un décret est passé mais la modulation sera très difficile à mettre en marche pour peu que les gens ne soient pas de bonne volonté. On a crée les conditions d’une non réforme pour les 10 prochaines années! Beau score…
Le seul truc positif est le contrat doctoral qui n’a pas été jeté avec l’eau du bain.
Mais bon, ce qui reste est un immense gachis avec des universités dont l’image de marque a pris un sacré coup… Nous allons mettre 10 ans à nous en relever. C’est vraiment une catastrophe.
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