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La grande erreur

affiche-le-trou-noir-the-black-hole-2006-12La plupart des experts et gouvernements semblent persister à aborder la crise que nous connaissons comme une crise «classique», avec notamment celle de 1929 (ou du Japon des années 1990) comme point référence. Mais vivons-nous vraiment une crise de même nature ?…

Des moyens colossaux ont été débloqués, on nous annonce régulièrement une amélioration en vue, et pourtant les nuages ne cessent de s’amonceler sur le toit du monde, toujours plus menaçants, toujours plus rapidement.

Mon ami Pascal a par exemple pointé sur son blog le phénomène d’emballement considérable que représenterait l’effondrement (très possible) du système financier des «Crédit Default Swap» (il explique très bien ce que c’est ;-) ). En gros : ce serait bombe financière d’une magnitude 50 fois plus forte que la crise des «subprimes». Quant on voit ce que celle-ci a induit… Jacques Attali en parle également dans son dernier livre.

Encore plus inquiétant : le très sérieux groupe de prospective LEAP 2020, nous prédit dans ce rapport alarmant des troubles sociaux majeurs pour la fin de l’année, et l’entrée dans une phase de dislocation géopolitique. Rappelons que ce groupe a la particularité, contrairement à la plupart des experts, d’avoir prédit avec clairvoyance et précision tous les événements que nous avons  vécu ces deux dernières années…

En cause : l’incapacité des gouvernements du monde de prendre la vraie mesure de la crise systémique que nous connaissons. C’est une transition vers un nouveau monde que est en train de se produire. Cela nécessite un changement de paradigme, et de sortir des schémas de pensée classiques désormais obsolètes.

Comme l’indique Corinne Lepage dans son dernier billet : relance par l’investissement ou par la consommation, soutien aux industrie du carbone, tout cela est totalement à côté de la plaque. Seul l’ONU, et un très timidement certains Etats (Chine, et USA sous l’influence d’Al Gore), commencent à comprendre que nous devons totalement désintoxiquer notre société du carbone, développer les secteurs d’avenir, et d’autre part aller vers une société de la modération.

Nos gouvernants considèrent ainsi toujours la crise dans une approche classique : il suffirait de remettre suffisamment de carburant = argent dans les moteurs (dans le secteur financier, dans les industries existantes, dans les ménages pour relancer la consommation), et tout repartirait comme avant. Et c’est bien là le problème : il n’ont pas saisi que rien ne sera plus jamais comme avant…Ce n’est pas un problème de carburant, c’est le moteur qu’il faut changer. Ainsi, malgré les sommes inouïes déversées, les économies continuent de sombrer, et continueront tant que les gouvernements persisteront dans l’erreur.

Les responsables du marasme actuel, et donc des très fortes turbulences annoncées pour la fin de l’année, Jacques Attali les pointe clairement dans son dernier billet très percutant : ce sont nos «élites» défaillantes.

La question que je me pose, c’est pourquoi cette défaillance totale, ce dysfonctionnement généralisé ?

Cela vient-il d’un défaut dans la sélection et la formation des élites ? D’un problème de mode d’organisation et de fonctionnement des gouvernements (ou de nos «démocraties») ? Ou bien les gouvernements sont-ils tellement inféodés aux puissances dominantes, qu’ils se retrouvent contraints à prendre des décisions qui vont fortement à l’encontre de l’intérêt (présent et futur) de leurs
concitoyens ? Ou peut-être un peu de tout cela…

Quant à ces “puissances dominantes”, sont-elles réellement incapables d’appréhender le changement de paradigme qui s’impose, et croient-elles pouvoir sauver leur «ancien monde» ? Ou bien agissent-elles par paresse (intellectuelle notamment) ? Heureusement que certains commencent à explorer d’autres voies, voir par exemple ici, ou encore .

Et vous, qu’en pensez-vous : quelle est à votre avis la cause (ou quelles sont les causes) de cette grande erreur collective ?

Surtout : qu’est-ce que cela implique comme changement(s) à accomplir, et comment peut-on, nous citoyens, y participer ?



9 Commentaires

  1.   FrédéricLN commente:

    Pourquoi ? Simplement par manque de vision, de compréhension de la structure du monde. Ce qui est lié à leur génération - une formation intellectuelle qui date de l’ère industrielle.

    Si on recommence à comprendre le monde, on pourra recommencer à anticiper l’avenir, donc à investir, et ce peut être une croissance durable. Voir en particulier les explications de l’économiste Michel Volle http://volle.com/travaux/keynes.htm et, pour la relation entre économie et planète, celles de Jean-Marc Jancovici / Corinne Lepage que vous citez / ou Nicolas Hulot (lien en signature).

    Mercredi 4 mars 2009 à 08:13 | lien permanent
  2.   toda commente:

    Cher benoitb, merci pour cet article de grande qualité! je patouille un peu en informatique et n’arrive pas maîtriser le”bidule”, mais dés que possible, je le signale au groupe” trois libertés”, et essaie d’ouvrir la réflexion sur le forum, si possssible!bravo

    Mercredi 4 mars 2009 à 08:20 | lien permanent
  3.   rv76 commente:

    Tout à fait d’accord.

    Je passe mon temps à expliquer à mes interlocuteurs qu’il n’y aura pas de retour à la normale, en tout cas pas une “normale” définie avec les normes d’hier et aujourd’hui.

    Nous ne sommes qu’aux prémices de cette crise, qui marque une transmutation de l’humanité : la prise de conscience de la finitude des ressources, le rejet de la déshumanisation de l’économie, crise des valeurs mais surtout de la valeur.

    Je retiens de cette crise qu’elle a éclaté à l’été 2007, lorsque BNP-PARIBAS s’est déclarée incapable d’établir un prix pour ses actifs subprimes titrisés. A bien y regarder, toute cette crise part de là : comment fixe-t-on la valeur des choses ?

    Cette approche de la valeur va très loin : l’un des prochains développement sera la crise monétaire. La valeur même des monnaies et donc de l’argent va être atteinte. Comment évalue-ton un prix avec une monnaie dont on ignore la valeur ?

    Nous vivons une époque formidable à défaut d’être heureuse.

    Mercredi 4 mars 2009 à 09:04 | lien permanent
  4.   J.Charles commente:

    Cette crise d’abord financière, puis économique et maintenant sociale, n’est pas spontanée et elle n’est heureusement pas irréversible, il faut faire attention lorsque l’on annonce la mort ou tout au moins la décadence d’un système sans qu’il existe de projet de société alternatif, et je rejoins la réflexion de J.F.Khan lors de la Conférence Nationale du MoDem sur les dangers qui nous menacent si les repères explosent.

    Cette crise est essentiellement la conséquence d’une crise démocratique. Elle est liée à la déconnexion de la sphère politique et de la sphère économique. Nos politiques, en principe garants de l’équilibre entre démocratie et libéralisme, ont délaissé l’un au profit de l’autre, ils sont ainsi entrain de désagréger petit à petit l’esprit de la démocratie dans le libéralisme, nous menant dans les bras de ce néolibéralisme sauvage qui se concrétise par le néocapitalisme.

    Dire que c’est la fin du capitalisme et vouloir refaire le monde est une erreur, nos industries ont, et auront toujours besoin de capitaux pour soutenir leurs investissements, et les investisseurs en attendront des dividendes, quoi de plus normal.

    En fait ce n’est pas le capitalisme qui est la cause de cette crise, c’est l’ hyper spéculation liée au manque de régulation, et du laissé faire des politiques depuis les années 80. Nous retournons droit dans le principe du droit naturel et de la raison du plus fort. Les revenus des plus riches ne reflètent plus leurs talents, leur capacité à prendre des risques, et encore moins leur esprit d’entreprise, l’argent appelle l’argent et il suffit d’être bien nait pour bénéficier de fiscalités avantageuses et pouvoir accumuler toujours plus de richesse sans qu’elle soit redistribuée et réinjectée dans l’économie réelle.

    Les idéaux, l’éthique , le volontarisme ou la simple moralisation ne changeront rien, ils ne nous sortirons pas de cette crise sans le nécessaire retour à l’équilibre entre démocratie et libéralisme.C’ est parce que la démocratie de ne sert plus le marché, que le système dominant néolibéral s’acharne à vouloir faire taire les politiques qui défendent encore certaines valeurs, et à discréditer leur discours.

    L’occident est composé de démocraties, les outils sont donc là il suffit d’élire des femmes et des hommes qui auront la volonté de les utiliser. Pour ce qui concerne notre continent “l’Europe Politique” est sans doute la meilleure réponse, mais elle a encore besoin de se faire aimer des citoyens pour être acceptée et soutenue, car elle ne se construira qu’avec les peuples qui la composent autour des valeurs
    démocratiques, humanistes et solidaires, donc priorité à une Europe POLITIQUE, 2009 sera la première étape.

    Mercredi 4 mars 2009 à 10:53 | lien permanent
  5.   vincentb commente:

    Mon analyse est que tout simplement le système est allé au bout de lui-même : Les actionnaires surtout sont à blâmer, eux qui veulent désormais des dividendes chaque année, alors que le principe de l’actionnariat est bel et bien de distribuer des dividendes seulement lorsque l’entreprise va bien(1). Je met également en cause la publication trimestrielle des résultats, qui génère de la vision à court terme. Enfin je n’ai pas de réponse à cette question “technique” : Quelle influence la norme IFRS a t-elle sur la crise actuelle ?
    VincentB
    (1) Je développerai au besoin ce point, c’est ici la version courte.

    Mercredi 4 mars 2009 à 18:11 | lien permanent
  6.   benoitb commente:

    @tous : merci pour ces commentaires de qualités, riches et très stimulants ! :-)

    @FLN : merci pour le lien, je ne connaissais pas !

    Je vous signale une très bonne interview de Paul Jorion dans le télérama de cette semaine (je n’ai pas trouvé de lien sur le site) : la perte de «valeur» est due au développement de la spéculation, activité parasitaire de la finance, et d’après Jorion il serait simple d’éradiquer la spéculation tout en conservant les aspects positifs de la finance (fluidification de l’économie). A la fin de l’interview, concernant ce qu’il convient de faire, il arrive aux même conclusions que Lepage, Attali,…

    @J.Charles : Ce n’est bien sûr pas la fin du capitalisme, le capitalisme est un extraordinaire moteur de création de richesses, nous rien trouvé de mieux pour le moment ! Mais il s’agit en quelque sorte de concevoir la génération nouvelle de ce «moteur». L’ancien moteur n’était tiré que par le principe de maximisation du profit, le moteur «nouvelle génération» devra intégrer d’autres dimensions : ressources finies de la planète, dimension sociale… Mohammed Yunnus pointe les bonnes directions je crois.

    Mais je suis d’accord que la crise actuelle révèle également une crise du fonctionnement de nos démocraties. La plupart des ingrédients pour composer une alternative et réussir la mutation que nous sommes en train de connaître étaient déjà là, nombreux sont ceux qui avaient vu les problèmes venir et avaient (ont) des solutions à proposer : Jancovici (je suis son site depuis plusieurs années), Jorion, bien d’autres… Et eux aussi ont reçu leur formation au cours de l’ère industrielle… Pourquoi n’ont-ils pas été entendus ? Pourquoi leurs solutions n’ont-elles pas été retenues ? C’est en ce sens que notre système a à mon sens dysfonctionné…

    Il parait désormais évident que pour réussir cette «crise de croissance» que connaît l’humanité il va falloir reconfigurer le moteur «capitalisme». Mais ne faudra-t-il pas également faire évoluer le fonctionnement de nos systèmes démocratiques, et à ce «moteur de nouvelle génération» lui accoler une «démocratie de nouvelle génération» ?…

    Je suis bien d’accord avec FLN : l’époque est très enthousiasmante : l’humanité est à la croisée des chemins, et nous devrons savoir sortir des sentiers battus et faire preuve de créativité pour réussir la mutation engagé (car tout simplement nous n’avons pas le choix !). :-p

    Jeudi 5 mars 2009 à 14:59 | lien permanent
  7.   cheretpierre commente:

    J’abonde dans votre sens: Nous sommes passés dans une ère post-industrielle sans changer les lois socialo-commerciales de l’ère industrielle. Le basculement a été provoqué par le management par objectifs uniquement financiers, par l’automatisation et par la rentabilité des investissements.
    Il faut raisonner non pas en partant des masses financières, mais des quantités produites. On arrive ainsi à une répartition équitable, chiffrée ensuite. Mais il faut penser le travail autrement: comme un service civique.
    Je ne veux pas m’étendre plus.

    Vendredi 6 mars 2009 à 10:25 | lien permanent
  8.   drangioc9 commente:

    pour moi, le probleme est que nous avons lentement dérivé vers une société de rentiers, poussés par l’allongement de la durée de vie. Pour fournir des revenus aux systemes de retraites par capitalisations, les fonds (enormes en quantites) ont pressurés l’economie reelle au detriment des salariés occidentaux et des entreprises souvent aussi. Comme en meme temps, la mondialisation techique a emballé le phenomene, on se retrouve avec une crise majeure de confiance. les solutions?
    refonder le capitalisme mais cela reviendrait a changer le modele anglosaxon et donc cela ne se fera pas.
    je ne peux donc etre que pessimiste.

    Dimanche 15 mars 2009 à 22:23 | lien permanent
  9.   gardens commente:

    pour ceux que cela interresse, le site: http://www.20propsitions.com propose des axes de réflexions riches et (il me semble) très en rapport avec les valeurs humanistes du MODEM.
    “l’être humain ne change que lorsque son nez entre violemment en contact avec le mur” pensée profonde d’un philosophe (peu importe son nom)si vous reprenez l’ouvrage de Jared Diamond “Effondrement” NRF essai, vous y trouverez matière à espérer ou désespérer c’est selon.
    changeons nous-même avant de changer quoi que ce soit d’autre, notre mode de vie, de consommation, de vision du monde et de façon d’être au monde.
    en tant que militant nous devonsavant tout “considérer” l’autre, le voir comme individus intelligent, surtout dans ses choix d’abstention ou d’abandon momentané d’une option pour une autre.
    il ne sert à rien de chercher l’autre, il ne s’agit que d’énoncer et argumenter
    tout ceci n’est pas simple surtout lorsque l’égo s’en mêle

    Mercredi 10 juin 2009 à 10:40 | lien permanent

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Connecting the dots - 03 mars 2009
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